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 Plaisir embryonnaire - Kay

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Kay
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MessageSujet: Plaisir embryonnaire - Kay   Ven 9 Fév 2007 - 0:19

Je trouvais ce forum un peu tristounet, donc, voilà, je m'y lance. J'espère par ailleurs en encourager d'autres!

Un texte recyclé, je l'avoue, mais dont je suis quand même plutôt satisfaite. À vous de trouver de quoi il s'agit!

Plaisir embryonnaire

Il faisait sombre. Les ombres se mouvaient sensuellement, comme mues par une même main. Musique. C’était comme ça qu’ils l’appelaient. Ils. Les autres. Eux. Ceux qui étaient normaux. Un mot qu’elle aurait voulu ne jamais apprendre. Musique. Pour elle, c’était comme le loup qu’on ne voyait jamais, c’était magique. Ça envoûtait les corps et les enivrait. Mais ça, ça ignorait son corps, ça la boudait, ça l’excluait. Pour elle, ça, c’était un gros vide, c’était le néant.

Elle voyait. Les projecteurs s’animaient, faisaient courir des couleurs sur les murs et des frissons dans son dos. Les corps ondulaient, dynamiques et énergétiques. Elle percevait cette ambiance nouvelle, mais ne pouvait tout à fait l’atteindre. Elle sentait aussi, sentait ce mélange de parfums et de sueur qui l’enveloppait.

Ç’aurait peut-être dû la répugner, mais ça l’ensorcelait. Curieusement, oui, parce que dans cette mer de corps, elle s’y sentait étrangère. Marginale. D’ailleurs. Il lui manquait quelque chose, quelque chose qui lui aurait permis un partage d’énergie et de sensualité avec cette entité collective, nouvelle et terrifiante. Elle était seule, abandonnée. On l’avait oubliée aussi vite qu’on s’y était intéressé. Un feu de paille, c’est tout ce qu’elle était.

Elle allumait les regards et embrasait les corps. Elle les attirait comme un aimant, comme un joli pot de miel. Elle souriait et sentait les cœurs palpiter sur sa peau, les doigts courir sur son bras. Et puis venait ce qu’elle redoutait toujours. La conversation. Pourquoi se fatiguaient-ils toujours à la petite conversation? La synergie de leurs corps ne suffirait-elle pas? Mais elle s’y laissait prendre, malgré elle et malgré son manque d’habiletés sociales.

Avec espoir. Juste un peu. C’était comme si elle se disait, coup après coup, que cette attraction de la chair écraserait l’incompréhension, les préjugés, le dégoût, le rejet. Comme si cette envie charnelle inciterait la patience et la tolérance, l’empathie ou, du moins, la sympathie. Alors, si, elle s’y tentait et s’y brûlait. L’allumeuse qui s’y brûlait. Elle pouvait bien être un feu de paille.

Et pourtant. Il lui avait semblé différent, celui-ci. Un peu plus compréhensif que la moyenne des gens, trempait déjà un peu dans son milieu particulier et flanqué d’un sourire de quinze mille pièces. Quand il l’enlaçait, elle se perdait. Elle délirait. Quand il lui prenait la main, elle avait l’impression qu’ils ne se quitteraient plus. Celui-ci, il n’aurait pas peur. Il ne s’enfuirait pas.

Il n’était pas question d’amour. Coup de foudre, oui, parce que c’était intense. Mais elle hésitait à donner à cette rencontre fortuite la profondeur amoureuse. Elle l’envisageait peut-être, globalement, autrement, puisque la dure idéaliste en elle ne se fatiguait jamais. Tout au plus, tout au moins, elle aurait ce qu’elle voulait.

Enfin! La pression, la tension, le stress, l’anormalité, l’ignorance, tout. Ça réglerait tout. Peut-être. En fait, si elle était honnête avec elle-même, ce n’était pas lui qui importait. Ç’aurait été des cheveux différents, des yeux différents, des mains différentes, des papillons différents ou un grain de peau différent que ça lui aurait tout de même suffi. Sans lui démériter quoi que ce soit.

Parce que ce qui importait, ce n’était pas le lui, le celui, le cet, le il, non c‘était le ça. Le ça qui la démangeait, le ça qui la rongeait tout à l’intérieur. Le ça qui l’anorexiait. Le ça qui lui desséchait son bonheur, du moins, le potentiel. Le ça qui lui fanait sa vie. Au fond, si, elle le savait. Elle savait tout.

Ce n’était ni le lui, ni le ça, ni le celui-ci, ni le ceci, cela, tralala. C’était le elle. C’était celle. Celle qui mourait en elle. Celle qui était morte devant elle. Celle qui était morte sans elle. Celle qui l’avait oubliée. Celle qui l’avait négligée. Celle qui avait ignoré ses besoins. Celle qui ne reviendrait pas. Celle qu’elle ne reverrait plus.

S’imaginait-elle qu’à travers l’union charnelle, elle parviendrait à oublier son malheur? Ou était-ce autre chose, plus loin encore? Elle voulait souffrir, se tordre dans la douleur, crier sans un son, hurler de sa voix rauque, hurler au point de mourir, s’abandonner à son spleen, son spleen bleu.

Voulait-elle souffrir? Ou voulait-elle simplement s’enivrer? Du parfum, du corps, de la chaleur, de l’illusion, du chagrin. L’un empêchait-il vraiment l’autre? Espérait-elle encore retrouver ce lien ombilical si cher et perdu à travers ces coups de reins furieux? Se lover dans un confort embryonnaire? Se faire bercer par des lèvres haletantes? Être réconfortée par des baisers de furie sans visage?

…il faisait sombre. Les ombres se mouvaient sensuellement, comme mues par une même main. Et elle était là, au milieu du néant, sans que personne ne s’en rende vraiment compte. Les entrailles à vif, l’âme meurtrie et le cœur dans la bouche.
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