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 Un jeu d'enfant - Kay

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Kay
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MessageSujet: Un jeu d'enfant - Kay   Lun 26 Fév 2007 - 23:54

Un texte fait un peu à la va-vite, je l'avoue et m'en excuse. Je ne vous livre pas, j'en suis consciente, la même qualité qu'aux sujets précédents et m'en veux considérablement. Contrairement aux autres textes que j'ai travaillés et retravaillés, celui-ci est un peu plus brouillon, mais bon, c'est mieux que rien, j'imagine. Ce thème m'a confrontée au syndrôme de la page blanche maintes fois et je suis soulagée que ce soit fini.

Une petite surprise à la fin. D'un drôle de goût, peut-être, mais bon, ne soyons pas si prudes...


Choix


Une grande ville. Un petit café. Une table sur la terrasse. Sous le parasol, un homme accoudé. Une brise, une odeur de biscuits. Un thé fumant et un calepin devant lui. Un journal éparpillé et des pages fébriles. Les jambes allongées, s’étirant. Un crayon à la main. Les lunettes sur le bout du nez. Une cigarette aux lèvres, mais surtout, un sourire.

Les gens passent devant lui comme s’il n’était pas là. Comme s’il n’était pas lui. Cette indifférence, cet anonymat, il n’avait jamais vécu ça. Et il en raffole. Fini les paparazzis, fini les autographes, fini les bouches béates. On ne parle pas de lui ici. On ne parle plus de lui, là-bas. Il aura fallu dix ans mais, maintenant, il ne fait plus la une des tabloïdes. Il adore.

Il reçoit encore le journal à la maison, un peu contre son gré. Au moins, il n’a plus l’impression de se regarder dans la glace. On l’a oublié. Pour toujours ? Peut-être. Il le souhaite. Mais il sait au fond qu’on ne l’oubliera jamais. Son nom est partout. C’est le premier mot qu’on apprend aux enfants. Il est flatté, mais tout de même.

Il soupire, un peu las. Il aurait aimé s’avancer un peu aujourd’hui, mais il a les idées qui s’égarent. Les idées, mais surtout le cœur, dans une salle de classe. Il a hâte à ce soir parce qu’aujourd’hui, c’est jour de fête. Après tout, ce n’est pas tous les jours qu’on peut célébrer un cinquième anniversaire de mariage.

Il sourit, s’anime un peu. Il ne comprend toujours pas comment c’est arrivé, mais il en est reconnaissant. S’il hésite encore un peu à l’admettre, sa vie a changé depuis et ce, pour le meilleur. Il s’étonne encore des compromis auxquels ils en sont arrivés. Leurs vies s’emboîtent parfaitement, malgré leurs différences.

Ils ne partagent toujours pas les mêmes opinions sur la politique, le sport ou les sorties. Ils haussent parfois la voix sur leur divergence de carrière et d’intérêts. Il y a encore quelques crises, mais elles ne durent jamais très longtemps. À la réconciliation, une petite séance à l’horizontal est évidemment de mise.

La chaleur du thé le réconforte, l’apaise. Il dépose sa plume, résigné, et s’intéresse au journal qui menace de s’envoler. Les élections, dans une semaine. Ils se sont encore chamaillés ce matin. S’il irait voter ou non. Il ne veut pas revenir. Il déteste ce monde. Ce n’est plus chez lui. Sa maison, c’est ici. Il ne connaît plus ce monde.

Ses amis l’ont appelé ce matin pour le féliciter et pour avoir de ses nouvelles. Pas trop de nouveau, il en aurait probablement déjà entendu parler, de toute manière. Ah si, ce matin, une sérieuse bourde à l’école, qu’elle a dit. Un truc de jeunes qui ont foutu l’endroit sans dessus dessous. Il sourit, il se rappelle. C’était lui, avant. Jadis, quand il aimait encore cet endroit.

Cet endroit lui est doux-amer. C’est le premier où il s’est vraiment senti chez lui. C’est la première place où il s’est senti en sécurité, où il a vraiment senti qu’il appartenait à quelque part. Cette école, c’est aussi ses premiers amis, ses premiers démêlés avec la célébrité, ses premiers chagrins d’amour, ses premières fois. Il a tout vécu là-bas. Il a tout appris. Mais il a surtout appris qu’il n’y remettrait jamais les pieds.

Oui, il a tout vécu là-bas. Certaines choses commencent peu à peu à s’effacer de sa mémoire, mais les choses dont il voudrait ne jamais se rappeler restent. Le sang, les cris, les pleurs, les colères, les échecs, le mépris, la haine, tout lui revient en technicolor. Il déteste ces images qui sont gravées dans sa tête. Il aimerait tout oublier. Et pourtant.

Et pourtant, il ne l’a jamais fait. Il en a la possibilité à chaque jour. La plupart du temps, il dort sans souci, lové contre la chaleur d’un autre corps, bercé par le battement d’un autre cœur. Sauf que, parfois, il fait encore des cauchemars, même après toutes ces années. Et il n’a plus de migraines ni de visions, quoiqu’il les redoute encore un peu.

Il expire, se rallume une autre cigarette. Il sait qu’il ne devrait pas, mais bon, au cul ses bonnes résolutions. Il soupire. Ce qu’il aimerait se débarrasser de tous ses souvenirs ! Oui, il aimerait repartir à zéro, recommencer une autre vie sans soucis, sans douleur, sans chagrins. Mais ces mauvais moments, pense-t-il constamment, ne l’ont-ils pas influencé tout autant que les bons ? Les effacer, ne serait-ce pas renoncer à une partie de lui-même ?

Un serveur lui apporte des biscuits. Leur odeur lui monte à la tête. Il acquiesce distraitement, perdu dans la fumée et les pensées. Au fond, chacun doit éprouver des regrets à un moment ou à un autre de sa vie. Et regretter son passé, ce n’est pas regretter son présent, si ? Parce qu’il est heureux, oui, plus qu’il ne l’aurait jamais imaginé.

Il a son propre petit café qui accueille à chaque jour ses clients réguliers, il vit à son rythme, il n’a plus peur, il habite un charmant petit quartier dans un monde où personne ne le connaît, il reçoit souvent la visite de ses amis ou sinon en a des nouvelles par courrier, il est le parrain d’une ribambelle d’enfants roux, l’été il jardine, l’hiver il patine, il aime, il est aimé.

Il vit dans un loft qu’il adore. Haut, grand, avec une vue à couper le souffle. Là-haut, il peut penser sans craindre d’être dérangé par les klaxons des taxis ou le pépiement des quidams. Il peut rire, crier, pleurer et même jouir en paix. Il adore ce loft, un loft pourvu de quelques excentricités ça et là qui valent plus que ce qu’il peut gagner en un an. Il a l’impression qu’il en pousse toujours un de plus à chaque jour, comme de la mauvaise herbe.

Il tire fiévreusement sur sa cigarette, croque un biscuit, regarde les passants qui ne le regardent pas. Il sourit en voyant les adolescents s’aimer dans les rues. Il s’attendrit devant les enfants qui jouent à la marelle. Il soupire. Hélas ! Il se sent vieux, ou plutôt, vieilli. Celui qu’il était avant, il ne l’est plus. Il n’est que l’ombre du petit garçon sous-alimenté et tourmenté.

Il sent enfin qu’il est sur la bonne voie, que sa vie est en ordre et qu’il est heureux. Certes, il y a encore les petits pépins du quotidien, mais qui n’en a pas ? Il y a en aura toujours. Il sent libre et libéré de l’image que les autres se faisaient de lui et de ce qu’ils voulaient qu’il soit ou qu’il devienne. Là-bas, sa vie était déjà toute tracée. Il n’avait qu’à ouvrir la porte.

Mais lui, il voulait l’autre porte, l’autre avenir, l’autre lui. Le vrai lui, pas celui qui étincelait. Il voulait le calme et la normalité, la famille et l’amour, pas le drame, la célébrité et la richesse. Pas qu’il soit pauvre aujourd’hui, non, mais les soirées mondaines, très peu pour lui. Il n’a jamais aimé la vie princière. Il voulait vivre simplement, éclairé par les vraies valeurs, celles qui n’avaient pas la couleur du papier.

Il aime enfin ce qu’il est devenu. Il n’échangerait sa vie pour rien au monde. Il a retrouvé sa moitié, il a trouvé une maison, une raison d’être et de vivre. Il mourrait pour aimer. Il n’a plus envie de tout laisser derrière lui, n’a plus envie de s’enfuir. Il a cessé de penser que la vie ne méritait pas d’être vécue. Il ne regarde plus ce qu’il y a à l’intérieur de la boîte de chaussures tout au fond de la penderie. Il est heureux là où il est.

Il s’appelle Harry Potter. Il a 29 ans. Il a renoncé à la célébrité et quitté son emploi d’Auror il y a cinq ans. Il habite maintenant Stirling. Il tient un petit café ouvert à l’année. Il a gardé contact avec ses amis, Hermione et Ron Weasley et reçoit souvent la visite de ses nombreux filleuls. Il habite un loft au septième ciel avec son amant, Draco Malfoy, professeur de potions magiques à l’école de magie de Poudlard et maître réputé de potions.

Il s’appelle Harry. Il a 29 ans. Il partage maintenant sa vie avec quelqu’un qui l’aime tout autant qu’il l’aime. Il est enfin heureux, bien qu’il ne sera jamais, il faut l’admettre, tout à fait normal.


Dernière édition par Kay le Lun 28 Sep 2009 - 23:02, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Un jeu d'enfant - Kay   Mar 27 Fév 2007 - 0:21

Je vais jouer le psychologue à deux sous, mais j'ai remarqué la réapparition de la cigarette dans un contexte semblable à ce que j'avais déjà lu(CF. "Penser, être, aimer" sur le blog de notre chère Kay).
Tu sembles faire le lien entre le tabac et la nostalgie, la fumée et les souvenirs, les ambitions parties, revenues, changées. Le passage à l'âge adulte. L'introspection ('course). Je dirais même qu'il y a une pointe d'amertume, non... de résignation... Tu sais, la cigarette qui est logiquement notre ennemie mais qu'on réalise qu'on ne peut s'en débarrasser, celle qu'on apprend à tolérer, voire à aimer, jusqu'à ce qu'elle devienne notre compagne "par défaut", un petit moment de bonheur dans une journée (sur)chargée. Un mélange étrange de lassitude et de nostalgie. Je ne sais pas si c'était conscient, mais çe détail en raconte beaucoup, une fois mis en perspective.

Sinon, je SAVAIS que Harry était une tapette. Faut ben ça pour préférer courir après une ptite balle plutôt que de sacrer des coups de palettes dans la face des gens en haute voltige. Sinon, jme prononce pas encore sur son choix de partenaire. "T'as peur, Potter?" "Avoues que tu le voudrais bien, Malfoy"... jme disais aussi qu'y avait qqch de plus qu'une simple confrontation dans cette citation là.

Mais c'est définitivement pas des valeurs à montrer à nos kids. Je prône un retour aux ninja turtles pis aux power rangers. J'écoutais ça quand j'étais jeune et regardez-moi aujourd'hui. Une personne parfaitement saine et équilibrée. Hell, j'écoute encore ca aujourd'hui. Mort aux faux idoles (de jeunesse)!


Dernière édition par le Mar 27 Fév 2007 - 0:32, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Un jeu d'enfant - Kay   Mar 27 Fév 2007 - 0:29

...je l'avoue, je trouve la cigarette chez certaines personnes extrêmement émoustillante. Pas pour tout le monde, non, évidemment. Mais oui, bravo pour ton petit diagnostic de psychologue de deux as, tu as visé juste.

Je ne saurais dire si au début de Penser, être et aimer c'était utilisé consciemment, mais pour ce texte-ci, oui. Et oui, j'admets aussi avoir recyclé un peu l'idée de ce texte pour La porte B. Un recyclage de fond, me suis-je dit, était un peu moins pire qu'un recyclage formel, non?

Et bon, des valeurs, des valeurs, on va sûrement diverger là-dessus, mais bon, des valeurs à enseigner aux enfants? Quoi, tu penses au respect et à la tolérance des différences, c'est ça? Si oui, je suis tout à fait d'accord avec toi. Sinon, ben, tu peux manger un char. Laughing
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